• le 15 janvier 2019 : date historique pour Genève

    Ayant pris part le mardi 15 janvier 2019 à l’assemblée extraordinaire du PLR  qui a eu une participation d’environ 800 personnes, je me permets d’affirmer sans ambages que cet événement devrait rentrer dans l’histoire de notre République. Celui-ci ne peut être un fait banal qui ne concernerait que le seul parti libéral radical, mais tous les Genevois devraient s’en approprier pour des raisons suivantes:

     

    1/- Dans l’histoire politique de Genève, il n’y a jamais eu de précédent au vu du nombre de participants. Indéniablement, aucun parti politique n’a auparavant réuni autant de membres et de journalistes.

     

    2/- La singularité du sujet à l’ordre du jour : il s’agissait d’apporter ou pas le soutien à un Conseiller d’Etat se trouvant dans une position difficile.

     

    3/- La qualité des interventions imprégnées d’affront tranchant entre deux camps bien polarisés, et même dans ce cas les abstentionnistes ayant joué un rôle déterminant.

     

    4/- L’impact de l’issue de cette assemblée tant au niveau cantonal que national, car l’onde de choc a été ressentie dans tout le pays avec notamment le point de vue maladroit et discriminant de la présidente nationale du Parti, dans la presse, en déclarant que les Alémaniques étaient différents des autres.

     

    5/- Au-delà de l’événement lui-même, en analysant avec discernement et lucidité le déroulement de cette assemblée, l’impression qui se dégage est que c’est le fond même de notre système démocratique qui mérite d’être sondé en profondeur, avec détachement, sans passion, et c’est ce que je vais faire dans cet article.

     

    Aussitôt après ma naturalisation, lorsque j’ai résolu d’adhérer à un parti politique, le critère prépondérant qui a guidé mon choix est qu’il soit une formation politique solide, bien organisée sur le plan local et national, avec des vraies valeurs de liberté, de responsabilité et surtout de solidarité, en plus conduite par des dirigeants compétents, combatifs et courageux. C’est parce qu’il a ces exigences que j’ai opté pour être membre du PLR, d’autant plus que le parti était fraichement constitué à l’époque de la fusion des libéraux et des radicaux.

     

    Actuellement, à l’issue de cette assemblée à laquelle j’ai tenu à participer (même étant malade ce jour), je n’ai cessé de réfléchir sur mon ressenti, notamment suite à une  phrase entendue qui a un sens très fort. Celle-ci a été prononcée par le Conseiller d’Etat Pierre Maudet, qui a déclaré : «  Nous vivons dans un système de démocratie et non de dictature ».

     

    La première imagerie mentale qui m’a traversé l’esprit est celle de l’Afghanistan, lorsque les Talibans ont pris le pouvoir de 1996 à 2001, là-bas plusieurs femmes, qui étaient dénoncées souvent sans fondement et avec légèreté d’avoir commis un adultère, étaient aussitôt lapidées publiquement jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je me suis posé la question quelle est la différence entre la situation du Conseiller d’Etat et cette atmosphère d’anéantissement qui régnait pendant l’exercice du pouvoir des Talibans ? Pour ma part j’y vois presque une similitude.

     

    On se trouve face à une situation où un Conseiller d’Etat qui a été brillamment élu en 2018  (dès le 1er tour, ce qui est rarissime), qui a été désigné comme Président du Conseil d’Etat, et en charge du département régalien de l’Etat (la sécurité). Ses deux charges lui ont été tout de suite retirées dès le début de la crise parce qu’il aurait fait une cachoterie afférente au voyage d’Abu Dhabi en novembre 2015. La presse a profité de cette belle niche car il n’y a de sujet plus attractif et vendeur que cette thématique. Et voilà qu’une coalition de partis d’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par l'allié traditionnel, le PDC, a demandé la démission du Conseiller d’Etat, sans attendre que la justice, qui s’est saisie de l’affaire, puisse se prononcer en toute sérénité sur le fond. Ainsi, la levée de l’immunité et la mise en prévention ne signifient nullement la condamnation, d’autant plus que le concerné a bien précisé qu’il démissionnerait en cas de condamnation.

     

    On nous bassine que le volet judiciaire est distinct du calendrier politique, et on assiste à une sorte de djihad politique pour inciter à la démission du Conseiller d’Etat qui fait montre de bravoure face au tsunami médiatique et l’attitude généralisée d’assommement politique. Confronté à ces turbulences, notre parti cantonal et national a fini par changer de fusil d’épaule, en préférant la couardise et la félonie. Le problème est que si l’on ouvrait la boîte de Pandore avec de nombreuses cachoteries au niveau de l’assemblée fédérale notamment celles afférentes à l’influence des lobbies sur les élus, l’on peut parier que plusieurs Conseillers nationaux et Conseillers aux Etats auraient des comptes à rendre à la justice.

     

    Le vrai problème dans tout cela est que notre canton qui a déjà donné un signal lors des dernières votations concernant celle afférente à la surveillance des assurés, en étant le seul canton qui a voté contre cette loi, a démontré sa singularité par le fait que finalement les Genevois n’approuvent guère les actes d’acharnement et l’attitude de « talibanisme judiciaire ».

     

    Et, c’est exactement cet état d’esprit qui s’est dégagé lors de cette assemblée sans précédent. Imaginons si le non l’avait remporté, certainement que la pression serait intenable pour notre brillant Conseiller d’Etat. Et, étant donné qu’une majorité de oui s’est prononcée il ne doit plus avoir de place à de quelconque tergiversation stupide comme on a entendu dire que le Conseiller d’Etat avait été désigné à la candidature par 98% de membres et au cours de cette assemblée seul 48% l’ont soutenu. Il faut préciser qu’en 2017 l’assemblée générale consacrée à la désignation des candidats comptait près de 350 inscrits, la moitié comparativement à la dernière qui en comptait 715. Donc il faut savoir faire la nuance lorsqu’on veut analyser les statistiques de manière objective.

     

    Ce qui est plus important, est que l’on fasse table rase, politiquement parlant, sur cette soi-disant affaire et d’autant plus que le PLR a eu du pain béni dernièrement. Car, la vraie affaire c’est de regarder du côté du Conseil administratif de la ville de Genève, avec le cas particulier de ce Conseiller administratif qui, sous la légitime pression de la Cours des comptes, a fait l’aveu qu’il se la coulait douce sur le dos des contribuables, en osant même confondre sa carte de crédit professionnelle à sa carte de crédit privée, jusqu’au code. Encore que s’il avait confondu le proseco au champagne cela aurait fait moins de frais. Et, si on veut affirmer le principe d’égalité de traitement dans notre République, proportionnellement à la gravité des faits, c’est naturellement à ce magistrat de la ville de Genève qu’on demanderait plus la démission immédiate, avant même que la justice ne se prononce sur ce cas de gestion déloyale des fonds publics.

     

    J’émets le souhait que tous les membres du PLR et sa direction actuelle ne fassent plus de déclamations sur la situation de notre conseiller d’Etat et que l’on se concentre sur l’unité du parti avec le futur choix de sa direction et son comité directeur, parce que le parti a donné une grande leçon de démocratie par ce vote du 15 janvier 2019, et dont le résultat devra être rigoureusement respecté par tous les membres, qui doivent afficher une attitude de réel dépassement de soi. Comme le dit le grand penseur américain Zig Ziglar : « C’est votre attitude plus que votre aptitude qui détermine votre altitude ». Notre canton, avec sa dette abyssale qui obère l’avenir de nos enfants, a grand besoin de ce parti créatif qui doit savoir tourner intelligemment la page et se concentrer sur l’essentiel des sujets qui préoccupent les Genevois.

     

    De Alban M. KOUANGO